Auberges, cabarets et tavernes du ferrette d’antan
Les auberges dans le Sundgau
Les auberges sont présentes dans le Sundgau depuis au moins les époques gauloise et romaine.
Sur la voie romaine allant de Besançon à Bâle, au niveau du relais de Larga à Friesen une telle auberge a été identifiée.
Les rôles des auberges
Au Moyen Âge, l’auberge n’est pas uniquement un débit de vin mais un endroit de sociabilisation et de rencontres pour les populations locales.
Elle est aussi un lieu de passage important pour les voyageurs et les pèlerins pour boire, manger, discuter, passer la nuit.
C’est également un local pour discuter affaire et qui fait office de bureau, par exemple pour la rédaction des actes notariés ou des adjudications.
Exemple historique (1480)
Ainsi le 13 avril 1480 à Ferrette, dans l’auberge de Diebold Bilger, le frère Jean de Spire, prêtre et moine, au nom du chapitre cathédral Saint-Léonard de Bâle, donne en bail le moulin situé entre le couvent de Petit-Lucelle et le village de Roggenburg, au meunier Vitus Ströwlin.
Auberges, cabarets et tavernes
À côté des auberges proposant le gîte et le couvert, il existe :
- des cabarets où l’on vend le vin « à l’assiette », accompagné de nourriture
- des tavernes qui le vendent « au pot », sans accompagnement
Ces deux types d’établissements ne proposent donc pas le couchage.
Acte de 1585
C’est dans un acte de vente daté du 19 août 1585 sous le règne de l’archiduc Ferdinand d’Autriche que nous apprenons le nom de deux cabaretiers de Ferrette ainsi que celui de l’enseigne de leur établissement.
Le bailli de Ferrette et son receveur vendent alors au nom de l’archiduc l’ancienne maison du baillage à :
- Anthonien Mettenberg, bourgeois et cabaretier du Zur Blûomen (À la fleur)
située à côté du cabaret - Zur Sunnen (Au soleil) appartenant au cabaretier Hans Hennig
Le règlement des aubergistes (1324-1648)
Le métier d’aubergiste est très réglementé, comme le montre le « Coutumier de Ferrette » ou « Das Rote Buch ».
Obligations de l’aubergiste
L’aubergiste doit jurer :
- de débiter du vin pendant au moins un an
- de ne pas fermer son débit de sa propre autorité
- de ne jamais manquer de vin lors des contrôles
- de présenter le vin au Kerber avant mise en perce
- de payer les taxes chaque trimestre
- de dénoncer excès bacchiques, blasphèmes et délits
- de ne pas faire crédit supérieur à cinq schillings
- de ne pas servir pendant offices religieux
- de ne pas cumuler avec boulanger ou boucher
- de ne vendre que le vin seigneurial à certaines périodes
Toute infraction entraîne amende.
Impôts et taxes sur le vin
Sous les Habsbourg et l’Ancien Régime, les auberges sont une source de revenus.
Les taxes :
- Umgeld : impôt sur le vin vendu, revenant à la ville
- Maaspfennig : taxe de guerre (contre les Turcs)
- Hilfpfennig / Heller : taxe communautaire locale
- Banvin : monopole seigneurial de vente du vin
À Ferrette, le Banvin est transformé en redevance annuelle et perçu au profit de la ville et des villages dépendants (Ligsdorf, Sondersdorf, Bendorf).
Après la Révolution
Les impôts seigneuriaux sont supprimés.
Ils sont remplacés par :
- patente
- taxes d’installation
- autorisation préfectorale obligatoire
Exemples :
- 1860 : refus d’ouverture à Eugène Kuentz (trop de cabarets)
- 1865 : refus à Alexandre Pfiffer (moralité jugée insuffisante)
- 1866 : acceptation après amélioration de sa situation
XIXe siècle : apogée des auberges
Les auberges deviennent nombreuses et évoluent vers la fonction de restaurant moderne.
Ferrette attire :
- administrations
- marchés
- foires
- population rurale
Liste de 1863
Neuf cabaretiers et aubergistes :
- veuve Brandstetter
- Martin Botzi
- Joseph Hisser
- Bernard Kempf
- Bernard Niederberger
- Etienne Blind
- frères Brandstetter
- veuve Dallung
- Joseph Walzer
- deux débitants d’eau-de-vie :
- Antoine Deschler
- Georges Fortwengler
Reichsland (1871-1918)
La législation est maintenue par les autorités allemandes.
Horaires de fermeture :
- Pâques, carnaval, Pentecôte, Noël : minuit
- Saint-Sylvestre et anniversaire de l’empereur : 6h du matin
Hygiène et tourisme
Les établissements deviennent plus propres.
Un visiteur français note :
« Ici tout est propre, clair, gai. Les auberges françaises pourraient demander des leçons de propreté aux Wirtschaften alsaciennes. »
Arrivée du tourisme (1892)
Avec le train et le guide Vogelweid :
- service d’omnibus à la gare
- garages pour voitures et vélos
- écuries pour chevaux
- jardins, terrasses, tonnelles
- jeux de quilles
- spécialités culinaires (truites, carpes, écrevisses)
Témoignage touristique
Revue « À travers l’Alsace et la Lorraine » (1890) :
« Il faut aller voir Ferrette… bon souper, bon gîte et charmant accueil. »
Vie des aubergistes
Beaucoup cumulent plusieurs métiers :
- agriculteur
- boulanger
- coiffeur
- pâtissier
- menuisier
Les femmes et enfants participent à l’activité.
Après la Grande Guerre
Annuaire 1929 :
- Au Bœuf Rouge (Blind)
- Croix Blanche (Collin)
- Demi-Lune (Dirrig)
- Felseneck (Durny)
- Couronne (Faninger)
- Cheval Blanc (Gisser)
- Soleil (Helfer)
- New-York (Leisser)
- Cigogne (Pfiffer)
- Gare (Reibel)


Après 1944
Liste des établissements :
- Felseneck
- Jura
- Gare
- Croix Blanche
- Demi-Lune
- Couronne
- Cheval Blanc
- Soleil
La Cigogne ferme en 1940.
Le Boeuf Rouge devient pâtisserie.
Le New-York devient Hôtel du Jura.
Déclin après-guerre
Les réquisitions militaires ont fragilisé les établissements.
Baisse de qualité et manque de personnel.
Vie contemporaine (extraits)
Don du sang
Appel à bénévoles pour relancer une association locale.
Marche santé
12 séances hebdomadaires à Ferrette à partir du 18 juin 2025.
Conclusion
Modernisation progressive des établissements permet à Ferrette de redevenir un lieu d’accueil touristique structuré.
SOURCES
- Edouard Bonvalot (1870)
- Lacourt & Munch (2016)
- Emile Ruetsch (2011)
- Pierre Gangloff & André Singer (1961)
- Société d’Histoire du Sundgau (2006)
- Hippolyte Vogelweid (1892)