Histoire des anciennes auberges et hotels de ferrette
Au début du XXe siècle
Au début du XXe siècle, âge d’or de la restauration et de l’hôtellerie à Ferrette, la ville compte 11 établissements pour boire, se restaurer et/ou se loger. Depuis lors certains ont fermé ou ont disparu, d’autres ont changé d’enseigne ou se sont transformés et adaptés à la nouvelle demande des consommateurs et des touristes. En 2025 seul cinq des 11 sont encore en activité, offrant parfois des services différents.
ETABLISSEMENTS FERMES OU DISPARUS
Zur Stadt Basel (A la ville de Bâle)
Cette auberge était située en haute-ville à l’emplacement actuel du 4, place des comtes. En 1891 l’établissement est tenu par Mme Jung et attire au soir du 22 décembre après les festivités de l’inauguration de la ligne du chemin de fer Altkirch-Ferrette, les fêtards noctambules et amateurs de bonne bière. En 1900 Victor Casy (1849-1911) obtient de la Kreisdirektion d’Altkirch une Wirtschaftskonzession (autorisation d’exploitation d’auberge) et c’est sa fille Juliette (1884-1975) qui à l’âge de 16 ans est au comptoir avant d’épouser Joseph Knoepflin (1876-1941), relieur et gérant de la Caisse d’Epargne. L’auberge est aussi appréciée pour sa tonnelle ombragée et son jeu de quilles. En 1913 à l’approche de la 1ère guerre mondiale, le couple décide de fermer l’auberge et transforme les lieux en une épicerie pour les habitants de la haute-ville. Une des filles du couple, Madeleine Morgenstern-Knoepflin (1907-1995) prend la relève et elle ferme l’épicerie définitivement en 1975.
Au bœuf rouge (Zum roten Ochsen)
Situé à l’actuel 10, place Mazarin, le « Boeuf Rouge » serait la plus ancienne Schenke (estaminet) de la ville et son enseigne a été offerte au musée de Ferrette après sa fermeture. L’auberge s’appelle « La croix d’or » après la Révolution et est tenue par Jean-Baptiste Vogelweid (1734-1805) ancien chirurgien de régiment et conseiller municipal. Son fils, prénommé également Jean-Baptiste (1772-1858), lui succède alors qu’il devait prendre les ordres à la suite d’études littéraires et théologiques. Le poète Jacques Delille (1738-1813) réfugié au couvent de Luppach après la Terreur fréquente l’auberge et apprécie d’y discuter librement avec le propriétaire, un des rares Ferrettiens à parler couramment le français. En 1891 Charles Blind (1862-1935), jeune pâtissier ayant été formé à Porrentruy, rachète l’auberge qu’il jumelle avec une pâtisserie. Son fils Auguste (1892-1981) qui lui succède et futur maire de Ferrette, renonce aux activités d’aubergiste en 1935 pour se consacrer uniquement à la pâtisserie-confiserie-café. Il vante sa belle terrasse ombragée avec vue sur le château et ses chocolats et bonbons fins. Jean, le fils d’Auguste, né en 1943, fait partie de la 3e génération Blind à reprendre la pâtisserie avec son épouse Madeleine. Après leur retraite en 2006 ils vendent l’établissement et trois pâtissiers se succèdent alors, mais la maison ferme définitivement en 2009.
L’hôtel-restaurant New-York
Situé à l’actuel 1, place Mazarin (banque du Crédit Agricole) sa construction a commencé avant la Révolution à l’initiative de François-Joseph Schwingdenhammer (1709-1790), greffier en chef de la seigneurie de Ferrette du temps des ducs et duchesses de Mazarin. Les travaux sont poursuivis sous l’Ancien Régime par son fils Jean-Henri Ferdinand (1761-1830), le futur Lamartelière, dramaturge et traducteur des œuvres de Schiller. Ruiné par son entreprise il vend le bâtiment à l’enseigne de la « Tête d’or » et gagne Paris pour vivre de sa plume. Se succèdent ensuite plusieurs propriétaires dont M. Biegenwald, Joseph Deschler en 1854, Georges Vogt, Jacques Salgat et Joseph Enderlin en 1865. L’établissement devient l’Hôtel New-York et en 1891 il est tenu par la veuve A. Figenwald qui, fidèle à sa renommée et à son talent culinaire, concocte un repas de plus de 100 couverts dans sa grande salle de 200 places lors de la réception officielle de la voie ferrée Altkirch-Ferrette (Pferterzegla). Détruit par un incendie en 1900 l’hôtel-restaurant est réouvert en 1901 par E. Novis. L’établissement dispose alors de petites et grandes salles pour sociétés, de chambres confortables avec bain et sonnerie électrique, de garage et d’une pompe à essence pour autos. Vers 1929 c’est Emile Leisser puis Jules Hetzel qui en sont propriétaires. Emile transforme un étage en « Grand Magasin New-York ». Pendant la guerre le maire Fridolin Gault (1894-1958) rachète l’établissement et son frère Camille en devient le maître d’hôtel alors que son autre frère Jules né en 1907 en devient le gérant. Ce dernier le débaptise pour l’appeler Hôtel du Jura. Dans les années 1965-1970 il est remplacé par une banque, le Crédit Agricole.

L’Hôtel de la Cigogne
Il était situé sur l’actuelle place de la Halle au blé. En 1866 Alexandre Pfiffer obtient l’autorisation d’ouvrir un établissement qu’il appelle Hôtel de la Cigogne. Après la 1ère Guerre Mondiale son fils Jules né en 1896 reprend l’affaire. Il a été formé à Belfort, Londres, Paris et Johannesburg. Il transforme l’auberge familiale en un établissement de renommée internationale et sa clientèle ne tarde pas à l’être aussi. L’hôtel-restaurant dispose d’une terrasse couverte, d’un grand vivier et d’une boulangerie attenante. Ses spécialités sont les truites, les sauces et surtout le « buisson d’écrevisses ». En 1928 il se retire de Ferrette pour construire un hôtel à Saint-Louis. En 1932 l’hôtel est tenu par la veuve E. Witzberger-Pfeiffer mais le temps de la splendeur est révolu. Dans l’immédiat avant-guerre 1939-45 l’établissement sert de quartier général aux armées françaises. Il s’y tient surtout en 1938 une grande réunion d’état-major avec Gamelin, général-en-chef de l’armée française et Winston Churchill venu s’assurer de la solidité de la ligne Maginot. L’hôtel est fermé en 1940 et sert jusqu’en 1944 de cantonnement aux militaires allemands. A la Libération l’ultime grand visiteur est le général Touzet du Vigier, commandant de la 1ère D.B. et libérateur du Sundgau et de Mulhouse. Après la guerre la famille Pfiffer vend l’immeuble dévasté à la famille Renck voisine, marchande de primeurs, qui l’utilise comme entrepôt et débarras. Il offre l’image désolante d’un bâtiment en pleine dégradation pendant une cinquantaine d’années. La commune finit par l’acquérir et le démolit en 1995 pour aménager la place de la Halle au Blé.
Restaurant « A la Demi-Lune »
Situé entre l’actuel 9, place Mazarin et le 5, rue de l’Evêque ce restaurant qui proposait aussi quelques chambres était tenu dès 1892 par Joseph Dirrig (1863-1933) et sa femme Maria (1867-1934), qui exploitaient aussi un petit train de culture. Leur fils aîné Alphonse (1891-1917) meurt sous l’uniforme allemand pendant la 1re Guerre mondiale. Il a deux frères, Edouard et Anatole né en 1901. Après le décès de leur père Joseph, leurs sœurs Maria (1896-1958) et Albertine (1900-1982) continuent à s’occuper de l’auberge, la dernière devenant en 1939 l’épouse d’Alphonse Jenn, futur maire de Ferrette puis député et conseiller général du Haut-Rhin, alors que leur sœur Emma née en 1898 s’occupe de la petite exploitation agricole et que Léonie (1899-1933) tient un petit magasin de mercerie près de l’auberge. Le restaurant ferme au milieu du 20e siècle et il est démoli ainsi que la grange attenante pour laisser place à des bâtiments modernes.

Hôtel-Restaurant de la Gare
Il était situé au 42 rue de Ferrette sur le ban communal de Vieux-Ferrette et en face du débarcadère de l’ancienne gare. En décembre 1892 lors de l’inauguration du train Altkirch-Ferrette (Pferterzegla) il est encore en construction, mais selon la presse de l’époque, son propriétaire Adolphe Pfiffer fera du Bahnhofs-Hôtel une installation moderne pour satisfaire les plus exigeants. Repris par W. Walter il dispose au début du XXe siècle de chambres aérées, d’un parc et d’une tonnelle pour un service au grand air, d’une écurie et d’un garage à vélo. Tenu dans les années 1920-30 par Georges Reibel puis par la famille Eugène Motsch, il ferme au milieu des années 1960. L’établissement est réputé pour son piano mécanique qui se trouve maintenant dans un musée des automates musicaux près de Bâle. Transformé pour accueillir des adultes handicapés mentaux il devient une annexe de l’ADAPEI de Hirsingue. De nos jours le bâtiment subsiste et abrite des services paramédicaux.
ETABLISSEMENTS ENCORE EN ACTIVITE DE NOS JOURS
Restaurant « Le Soleil »
Situé à l’actuel 5, rue Léon Lehman il est tenu en 1892 par Camille Brandstetter et dans les années 1920 par Ernest Helfer. Ce dernier avait une deuxième profession, celle de coiffeur et il coupait les cheveux des dames et des messieurs dans le salon de coiffure attenant où il vendait également les meilleures marques de parfums selon sa publicité. Son frère aîné Eugène qui était également coiffeur décède en 1914 à l’âge de 22 ans lors de la 1re guerre mondiale sous l’uniforme allemand. La famille Jenny de Hagenthal rachète le restaurant en 1962 pour le transformer en un hôtel-restaurant Logis de France** à l’enseigne « La Bonne Auberge ». Inauguré en novembre 1963 l’établissement comporte alors la réception, une grande et une petite salle à manger, un café-bar et la cuisine au rez-de-chaussée, 10 chambres au 1er étage et les appartements du gérant et du personnel au 2e étage. En 2008 la famille chinoise Huang rachète l’établissement aux enchères, le transforme en restaurant de spécialités asiatiques « Aux cinq étoiles chinoises » et loue des studios. A partir de 2024 des gérants d’origine asiatique se succèdent et continuent à proposer des mets chinois ou du sud-est asiatique.
Hôtel-Restaurant de la Couronne
Situé à l’actuel n°1A rue de la 1ère Armée il est tenu dès 1892 par Charles Faninger. A son décès sa veuve Lucie et sa sœur Léna continuent l’exploitation. Réputé pour ses carpes, sa bonne pension bourgeoise et sa restauration à toute heure, l’établissement met à disposition des touristes belles chambres, écurie, remise et garage pour vélos. Racheté par l’entreprise Sodiélec de Bisel dans les années 1970, il se limite à la restauration sous l’enseigne de l’« Auberge du Château de Ferrette » et plusieurs gérants se succèdent. Après quelques années de fermeture il est rénové et réouvert en 2018 par Tagui Sarar qui le transforme en café-bar « A l’ombre du château ».
Hôtel-Restaurant « A la Croix »
C’est le seul établissement de Ferrette qui depuis sa création en 1809 par Jean-Baptiste Collin originaire des Vosges soit resté entre les mains de la même famille jusqu’à aujourd’hui. Il est situé à l’actuel n°4, rue du Château. Son fils Louis né en 1822 lui succède, puis son petit-fils également prénommé Louis (1855-1936). En 1888 ce dernier prend la suite de son père et tient une boulangerie au même endroit. Son propre fils Paul (1898-1969) lui succède. L’établissement brûle en septembre 1899 mais est reconstruit. Gérard né en 1936, le fils de ce dernier, prend la suite avec son épouse Clémence. Gérard ferme la boulangerie en 1963-64 car il est allergique à la farine et il en profite pour agrandir le restaurant. L’hôtel devient Logis de France** avec 9 chambres et la fille du couple, Géraldine née en 1967 qui représente la 6e génération, acquiert la qualification de Maître Restaurateur.
Restaurant « Au Cheval Blanc »
Située 3, rue Léon Lehman, l’auberge est tenu depuis 1822 par Antoine Gisser et en 1866 par sa veuve Madeleine puis en 1892 par son fils Louis (1832-1895). En 1896 la veuve de Louis en obtient l’autorisation d’exploitation par la Kreisdirektion d’Altkirch. En 1929 nous retrouvons comme tenancier Eugène Gisser (1876-1957) le fils de Louis. Après 1950 la famille vend l’auberge à Charles Welty (1910-1990), l’ancien cuisinier de l’Hôtel du Jura voisin. A sa retraite en 1988 c’est son fils Jean-Charles né en 1955 qui prend la suite secondé par son épouse Huguette et ils en font un restaurant-brasserie qui sert des spécialités alsaciennes. L’établissement est toujours signalé par une élégante enseigne en ferronnerie datée de 1822 et aux initiales AG (Antoine Gisser).
Le Felseneck
Situé en haute-ville à l’actuel 43, rue du Château, l’auberge est tenue en 1874 par la famille Goepfert et s’appelle alors « A la ville de Lyon ». En 1892 c’est la veuve Goepfert-Brandstetter qui la gère et propose salon et service en plein air, belle vue sur le château, joli jardin aménagé, écurie et garage pour voitures. En 1913 le nouveau propriétaire Laurent Durny né en 1879 et qui est aussi menuisier dépose une demande de construction pour deux salles. A son décès sa veuve Eugénie, puis son fils Joseph né en 1904 et enfin sa fille Laurence née en 1912 prennent la relève. Cette dernière épouse en 1939 Charles Barth et leur fils également prénommé Charles né en 1940 est le dernier membre de la famille à exploiter le restaurant à partir de 1970.
Dans la grande salle de l’établissement existe une scène de théâtre et s’y déroulent des fêtes et des bals (Carnaval, 14 juillet, foire Saint-Nicolas, Sainte-Barbe des pompiers, Saint-Sylvestre, etc.). Elle sert aussi de salle d’examen pour le certificat d’études primaires des élèves du canton et pour la remise des prix aux élèves de Ferrette à la fin de l’année scolaire.
Après un an de fermeture l’établissement est réouvert par le couple Tschaenn le 1er avril 1975. Ensuite se succèdent plusieurs propriétaires ou gérants : le couple Michel, le couple Schmitt, Maria de Bessa, Rodolphe et Caroline Corda. Ces derniers finissent par transformer l’hôtel-restaurant en chambres d’hôtes. En 2024 un couple d’origine allemande, Petra et Meeno Seefeld, reprend l’affaire.
FIN
Roland Vogel - décembre 2025